La pierre et l’esprit

Berne, 27.03.2018 - Inauguration de la plaque commémorative sur le siège de l’Assemblée interjurassienne. Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga. La parole prononcée fait foi.

Le 10 novembre dernier, ici à Moutier, nous dénoncions l'Accord du 25 mars 1994 sur le dialogue interjurassien. L'Assemblée interjurassienne était ainsi dissoute et une institution disparaissait. L'Accord du 25 mars 1994, c'était il y a 24 ans, presque jour pour jour.

Les accords et les institutions ne sont donc pas éternels. Mais l'esprit du dialogue interjurassien, lui, demeure bien vivant. Et ce dialogue a été concrétisé pendant un quart de siècle par votre cénacle.

L'esprit de la paix confédérale reste bien vivant aussi : il nous aide lorsque notre pays connaît des tensions politiques.

J'accorde une grande importance à ce que cet esprit demeure. C'est la raison pour laquel le j'avais annoncé en novembre dernier, au nom de la Confédération, qu'une plaque commémorative serait posée ici à Moutier.

Il ne s'agit pas aujourd'hui de redire ce qui a été dit en novembre. Il s'agit de poser une trace,

  • Une trace sur l'immeuble qui a été le siège de l'AIJ,
  • Une trace sur la pierre, qui rappellera l'existence de l'AIJ aux générations à venir.
  • Et une trace qui rappellera aussi que le dialogue interjurassien et la paix confédérale ne sont pas des vues de l'esprit; ils auront été matérialisés dans le cadre d'un long processus.

Récemment et magnifiquement rénové, l'édifice qui accueille cette plaque restera un témoin de pierre ; il rappellera la longue aventure de l'esprit du dialogue interjurassien et de la paix confédérale.

Une plaque est certes un signe modeste : la Suisse, contrairement à d'autres pays, n'a pas la culture des grands monuments commémoratifs. Nous restons modestes. C'est une de nos forces, c'est une des caractéristiques de notre génie helvétique.

Nous comprenons le langage de la modestie. Nous comprenons donc qu'une simple plaque puisse rappeler en quelques mots une action importante, comme c'est le cas ici.

Avec cette plaque, nous célébrons la vitalité du dialogue interjurassien, la naissance de réalisations concrètes et - je l'espère sincèrement - la naissance d'une région jurassienne apaisée.

Je n'ignore pas que, précisément à Moutier, le processus de l'apaisement n'est pas encore terminé. Nous devons attendre l'issue des recours contre le vote du 18 juin 2017. Nous le savions le 10 novembre dernier aussi.

Les discussions actuelles montrent que le processus démocratique ne s'arrête pas le jour d'une votation : nos institutions et notre ordre juridique doivent aussi être capables d'apporter des réponses là où il reste des questions ouvertes.

Je souhaite toutefois que la clarté puisse être faite prochainement, pour permettre l'apaisement. Je suis consciente que, tant que les recours ne seront pas tranchés, les tensions à Moutier resteront vives. Je suis également consciente que le traitement des recours est un processus juridique et non politique.

Comme je l'avais déjà dit le 10 novembre dernier, la Confédération restera dans tous les cas attentive et impliquée. Je vais donc prochainement inviter les gouvernements bernois et jurassien à une conférence tripartite pour faire un point de la situation.

Mais cette plaque que nous inaugurons aujourd'hui est surtout une marque de gratitude pour le travail effectué par l'AIJ, par ses membres, son secrétariat, ses présidents. Ils laissent une trace dans l'histoire jurassienne. Merci à toutes et à tous.

Je remercie naturellement aussi le propriétaire de l'immeuble, M. Laurent Schaffter, d'avoir accepté avec enthousiasme qu'une plaque commémorative soit apposée sur son bien.

Il a peut-être été rassuré par le fait que cette plaque est d'une neutralité toute fédérale. C'est donc aussi grâce à lui que la Confédération peut laisser ici un témoignage et un message clair : elle va continuer à accompagner la région jurassienne. Monsieur Schaffter, votre immeuble fait désormais partie de la mémoire commune de l'histoire jurassienne.

Merci aussi à vous toutes et tous, invités officiels et représentants des médias, d'être présents aujourd'hui à Moutier. Vous profitez en extérieur du bon air jurassien.

Il n'est toutefois pas dans mon intention de vous retenir trop longtemps, je vais donc clore mon allocution, en me réjouissant d'avoir encore l'opportunité de dialoguer avec vous après cette cérémonie.

Je passe la parole à M. Dick Marty, qui a présidé l'AIJ pendant les dernières années de son existence, et qui a apporté une contribution essentielle au règlement de la question jurassienne.

 


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